Une conférence scientifique à l’Université de Kinshasa a présenté les avancées du projet EVCD-RDC sur le vieillissement cognitif, la démence et les biomarqueurs adaptés à la population congolaise.
Le 30 octobre 2026, une conférence scientifique consacrée au thème « Vieillir avec sa tête en RDC : défis cliniques et socioculturels du diagnostic du vieillissement cognitif et de la démence » a été animée par le Professeur P. Jean Ikanga, SVD, MPH, PhD.
Cette rencontre s’est tenue en présence de nombreuses autorités académiques, notamment le Recteur de l’Université de Kinshasa, des membres du Rectorat, le Doyen honoraire et le Doyen de la Faculté de Médecine, des membres du Bureau facultaire, ainsi que plusieurs enseignants, chercheurs, cliniciens et étudiants.
Le projet EVCD-RDC
La conférence a permis de présenter les résultats du projet EVCD-RDC, l’une des premières grandes études africaines consacrées au vieillissement cognitif et à la démence. Les travaux présentés soulignent l’interaction complexe entre facteurs cardiovasculaires, déterminants sociaux, traumatismes, pollution atmosphérique, biomarqueurs biologiques et facteurs génétiques.
La néprilysine (MME), un biomarqueur prometteur
Parmi les résultats les plus innovants présentés figure l’identification de la néprilysine, codée par le gène MME, comme biomarqueur particulièrement prometteur dans la population congolaise. Cette enzyme intervient notamment dans la dégradation de l’amyloïde β et pourrait contribuer au diagnostic précoce ainsi qu’à une meilleure compréhension des mécanismes de la maladie d’Alzheimer.
Alors que les biomarqueurs Aβ42/Aβ40, pTau181, pTau217, GFAP et NFL constituent des références majeures dans les études internationales, les analyses du projet EVCD-RDC indiquent que MME figure parmi les variables les plus contributives dans les modèles d’intelligence artificielle développés à partir des données congolaises. L’analyse SHAP présentée place notamment MME au premier rang dans certains modèles de maladie d’Alzheimer et d’autres troubles neurocognitifs.
Ces observations, qui devront être consolidées et reproduites, renforcent l’intérêt de développer des approches diagnostiques et des stratégies de médecine de précision adaptées aux populations africaines, plutôt que de transposer sans validation les modèles issus principalement des populations européennes ou nord-américaines.
Diversité génétique africaine et APOE ε4
Les analyses génétiques présentées ont également confirmé le rôle du variant APOE ε4, principal facteur génétique connu de susceptibilité à la maladie d’Alzheimer. Son effet paraît toutefois varier selon les populations africaines, dans un contexte de grande diversité génétique.
L’hétérogénéité observée entre des populations d’Afrique de l’Ouest, d’Afrique centrale et d’Afrique de l’Est souligne l’importance de constituer des cohortes africaines diversifiées et de valider localement les modèles diagnostiques.
Vers un diagnostic mieux adapté au contexte congolais
La disponibilité en République démocratique du Congo de biomarqueurs plasmatiques et du liquide céphalorachidien, associée à des tests cognitifs validés localement, ouvre des perspectives pour un diagnostic plus précoce, plus précis et mieux contextualisé des maladies neurodégénératives.
Cette conférence marque une étape importante pour la recherche congolaise et africaine sur le vieillissement cérébral. Elle contribue au renforcement de la prévention, du dépistage précoce et de la prise en charge des troubles neurocognitifs en Afrique.
Participation
Jéred MANGO Participant Président fondateur de la SCGG · Membre de la SFGG Médecin assistant en médecine interne — Cliniques Universitaires de Kinshasa DU de Médecine Gériatrique — Sorbonne Université, Paris, France
Conférence scientifique du Pr P. Jean Ikanga, Université de Kinshasa, 30 octobre 2026. Projet EVCD-RDC. Pour plus de détails : https://savelifeinafrica.org/fr/formations/6a6a58378c2b082b9614b6d5